Le capitalisme et la fin du travail des enfants
Le premier facteur ayant permis la fin du travail des enfants est le capitalisme lui-même, et non l’État avec ses normes et ses réglementations.
“La révolution industrielle n’est pas ce qui nous a donné la pauvreté, l’exploitation et le travail des enfants. En réalité, c’est ce qui y a mis fin, ce qui nous en a sortis et qui a déchaîné une richesse sans précédent à travers le monde.”- Johan Norberg
On accuse souvent le capitalisme d’avoir permis le travail des enfants, c’est tout le contraire. Le premier facteur ayant permis la fin du travail des enfants est le capitalisme lui-même, et non l’État avec ses normes et ses réglementations.
Tout au long de l’histoire, la norme a bien été le travail des enfants, pas l’inverse. C’est un point important qui doit faire partie de tout raisonnement sérieux en économie : le point de départ est toujours la pauvreté, la seule question demeure comment sortir de celle-ci et de ne jamais y revenir.
Comment le capitalisme s’y prend-t-il ? Il le fait en perfectionnant les détours de production, en introduisant sans cesse de nouvelles techniques et technologies (mécanisation) dans les systèmes productifs, de sorte que toutes les tâches déléguées aux enfants et aux personnes peu productives ont pu disparaître progressivement. L’amélioration continue de la productivité, du niveau de vie et des salaires a également permis aux parents de ne plus avoir à faire travailler leurs enfants pour subvenir aux besoins de la famille.
Le marché innove, la loi suit
“C’est parce que nous sommes devenus une nation remarquablement prospère que nous avons pu éliminer le travail des enfants, que tant de vieillards ne sont plus obligés d’œuvrer et que des millions de femmes peuvent s’en passer.” - Henry Hazlitt
Au 19ème siècle, dans tous les pays industrialisés, on remarque ainsi que le travail des enfants diminuait déjà avant même l’introduction de lois l’interdisant. C’était le cas en France, où le travail des enfants était déjà en déclin avant les lois de Jules Ferry (1881-1882) sur l’école obligatoire. Même chose aux États-Unis, où le travail des enfants a nettement diminué entre 1880 et 1930, avant l’adoption du Fair Labor Standards Act en 1938.
Rappeler ces faits est essentiel, ceux-ci révèlent que l’État n’a fait qu’entériner une évolution déjà en cours dans la société, une évolution portée par les forces du marché. Le Législateur n’a pas impulsé le changement par la loi positive, il l’a simplement codifié une fois qu’il était devenu économiquement viable, socialement admis... En bref, inévitable.
Si cette tendance se vérifie historiquement pour les lois encadrant le travail des enfants, elle se vérifie également en ce qui concerne les lois rendant l’enseignement obligatoire. En effet, à mesure que le système productif se complexifiait tout au long de l’ère industrielle, il est également devenu nécessaire de libérer le temps des plus jeunes afin qu’ils puissent aller à l’école et se former aux futurs métiers qui allaient apparaître, notamment ceux d’ouvriers et de techniciens spécialisés. À mesure que le système productif s’allonge et se perfectionne, le capitalisme remplace progressivement la main-d’œuvre peu productive et qualifiée par des machines, apparaît alors un nouveau besoin : celui d’une main-d’œuvre de plus en plus éduquée et formée. Dans la logique économique pure du marché, vient un moment où le travail des enfants n’a plus aucun sens.
L’État n’a jamais été le moteur de tels changements, c’est le marché lui-même qui a permis d’éradiquer durablement le travail des enfants et de le remplacer par des machines et des systèmes automatisés. C’était la seule manière d’y parvenir durablement, une chose que l’État n’aurait jamais réussi à faire par la force de la loi.
Le capitalisme est moral, le libéralisme est un humanisme
“Il veut raccourcir le temps de travail quotidien, et il veut épargner à sa femme et à ses enfants le désagrément et la fatigue de gagner de l’argent dans un emploi. Ce ne sont pas la législation du travail et la pression des syndicats qui ont raccourci le temps de travail et retiré des ateliers les femmes mariées et les enfants ; c’est le capitalisme, car il a rendu le salarié si prospère qu’il est en mesure de s’offrir davantage de loisir, pour lui-même et pour les siens. La législation du travail au XIXe siècle n’a guère fait davantage que d’apporter la ratification de la loi à des changements que l’interaction des facteurs du marché avait préalablement introduits.” - Ludwig von Mises
Le travail des enfants jusqu’à l’ère industrielle nous enseigne une leçon fondamentale, éthique et humaine, souvent oubliée : le progrès social n’est pas le fruit de décrets bureaucratiques, mais de la prospérité économique, donc de la liberté d’entreprendre et d’échanger. C’est une vérité qui dérange particulièrement ceux plus prompts à régenter les actions humaines plutôt qu’à les comprendre. Cette vérité met également à mal le récit dominant selon lequel l’État est l’acteur principal qui agit, et doit continuer d’agir, pour porter assistance à une partie de la population supposément abusée par le capitalisme.
Ce qui a sauvé les enfants, c’est l’enrichissement des familles. C’est cet enrichissement, permis par l’augmentation continue des salaires, des gains de productivité et du pouvoir d’achat, qui a permis aux parents de garder leurs enfants à la maison et de leur épargner le labeur. C’est cet enrichissement qui a rendu l’éducation possible, car il fallait avant tout accomplir un exploit herculéen : retirer de la production une partie importante des travailleurs d’alors et libérer leur temps pour d’autres activités. C’est l’accroissement de la productivité qui a libéré ce temps, qui a libéré ces enfants.
En créant de la richesse et en libérant le temps humain, le capitalisme non seulement protège les enfants, il leur donne aussi l’opportunité de poursuivre plus efficacement leur propre vision individuelle du bonheur. La société devient ainsi plus morale et humaniste, car est moral et humain toute action qui promeut la liberté humaine sans en contredire sa nature. C’est en ce sens que le capitalisme est profondément moral : il crée les conditions matérielles qui permettent aux aspirations morales de se réaliser et aux talents individuels de s’exprimer pleinement.
“Le plus important moyen de rendre l’homme plus humain, c’est de combattre la pauvreté. La sagesse, la science et les arts s’épanouissent mieux dans un monde d’abondance que parmi des peuples miséreux.” - Ludwig von Mises
Au contraire, vouloir imposer par la loi des “standards de vie” sans créer d’abord la richesse qui les rend possibles, c’est condamner les sociétés à la stagnation, voire à la régression. La loi seule ne peut créer la richesse, si elle tente de le faire, elle bridera fatalement les conditions nécessaires (passagères et parfois dures) qui la permettent. C’est pourquoi les interdictions du travail des enfants dans les pays en développement, lorsqu’elles sont imposées trop tôt, ne font souvent que plonger les familles dans une misère encore plus profonde. Sans alternative économique, sans prospérité préalable, la loi ne fait que criminaliser les familles pauvres sans leur laisser les moyens de s’extraire de cette même pauvreté.
En bref, le libéralisme n’est pas une idéologie froide et calculatrice. C’est un humanisme pragmatique qui comprend qu’on ne peut pas décréter la prospérité, qu’on ne peut pas forcer le progrès social par la loi. On ne peut que créer les conditions qui permettent à la richesse d’émerger, et avec elle, toutes les améliorations sociales qui en découlent naturellement.



