La récession méconnue de 1920 - 1921
Après la sortie de la Guerre, Harding hérite d’un chômage à 11,7% et d’un marché qui doit pivoter d’une économie de guerre vers une économie civile. Que fait l’administration américaine ? Rien.
Dans cette courte vidéo ci-dessous, l’économiste américain Thomas Sowell a parfaitement raison, le marché n’a pas besoin d’aide extérieure pour résorber les crises. Petite leçon d’histoire économique. Il fait ici référence à la récession de 1920-1921, l’exemple historique parfait d’une crise qui se résorbe d’elle-même, précisément parce que personne n’est venu ni “aider” ni “stimuler” l’économie. Murray Rothbard l’utilise d’ailleurs comme contre-exemple parfait à la crise de 1929 dans America’s Great Depression.
La vertu de l’inaction du politique
Après la sortie de la Première Guerre mondiale, Harding hérite d’un chômage à 11,7% et d’un marché qui doit pivoter d’une économie de guerre vers une économie civile. Que fait l’administration américaine ? Rien. Elle coupe les dépenses publiques, décide de baisser les impôts, refuse tout plan de relance, toute aide publique et tout sauvetage des entreprises américaines. De son côté, la Fed refuse de toucher aux taux d’intérêt, donc de les baisser pour encourager une relance par l’emprunt.
Résultat, le marché s’est réajusté rapidement, il a redistribué le capital des anciens entrepreneurs vers les nouveaux. Les mauvais acteurs économiques ont été purgés sans état d’âme. En 18 mois, le chômage tombe donc à 2,4%, car l’énergie et le temps humains, qui sont les ressources les plus rares de l’économie, se sont aussi redistribués naturellement là où ils étaient demandés et nécessaires.
La récession de 1920-1921 est trop peu connue et jamais étudiée en économie, ce n’est pas un hasard, car elle prouve la résilience et l’adaptabilité naturelle du marché. Cette crise est pourtant essentielle car elle est le parfait contre-exemple de la récession de 1929.
1929, le contre-exemple parfait
En 1929, Hoover puis Roosevelt font exactement l’inverse de ce qu’avait fait Harding, ils interviennent à chaque étape de la crise pour venir en aide à l’économie américaine. Ils fixent les prix, soutiennent les salaires, multiplient les programmes publics “de relance”, dévaluation massive du dollar, Executive Order 6102 qui spolie les Américains de leur or.
C’est l’époque du New Deal, une période interventionniste inédite dans l’histoire américaine, voire dans l’histoire de l’humanité. Le résultat ? En intervenant pour éviter la crise, l’administration américaine a tout fait pour empêcher le marché de se réajuster. Le capital n’a pu se redistribuer vers les bonnes mains. Le temps, l’énergie et les biens de production ont été totalement gaspillés sur cette période.
Une récession qui aurait dû durer 18 mois s’est donc malheureusement transformée en longue dépression de 16 ans, définitivement “réglée” par une autre guerre mondiale. C’est finalement toute la thèse centrale de Rothbard, mais aussi des économistes autrichiens : si les crises économiques perdurent dans le temps, ce n’est pas la faute du capitalisme et du marché, mais la faute de l’État qui souhaite “corriger” le marché.
La décennie 1920
L’erreur la plus courante consiste à croire que la crise de 1929 commence en 1929. Pour les économistes autrichiens, la crise commence bien avant, durant la décennie 1920. C’est précisément ce que Rothbard démontre dans America’s Great Depression : la décennie qui précède le krach est une décennie d’expansion monétaire massive, de taux artificiellement bas, de crédit facile distribué par la Fed, qui crée une vague de mauvaises allocations du capital dans toute l’économie américaine.
Murray Rothbard détaille aussi longuement la phase de boom importante qui a précédé le krach de 1929 durant les “roaring twenties”. Entre 1921 et 1929, la masse monétaire américaine a augmenté de 28 milliards de dollars, soit 61,8%. (Soit une moyenne de 7,7% par an).
Sur la même période, la productivité a augmenté de 60%. Les prix (CPI) restent stables, car l’inflation importante de la masse monétaire de la banque centrale américaine (la Fed) stabilise les prix. Une partie substantielle de cette nouvelle monnaie a inondé le marché des actions, contribuant à une survalorisation insoutenable des actifs.
Hayek ne disait pas autre chose en 1928, quelques mois avant la crise, dans “L’équilibre intertemporel des prix et les mouvements de la valeur de l’argent” :
“Pour que les prix restent stables alors que la production s’accroît, la quantité de monnaie doit être accrue. Mais, même si l’offre de monnaie s’accroît juste suffisamment pour empêcher une chute des prix, cela doit avoir fondamentalement le même effet sur la structure de production que n’importe quelle autre expansion de la quantité de monnaie “non justifiée” par un accroissement de la production. Empêcher la gradation temporelle des prix... donne naissance à des déplacements de production qui entravent l’égalisation nécessaire de l’offre de biens en différents points du temps.”
Le krach de 1929 n’est donc pas la cause de la crise, mais sa conséquence brutale et prévisible. Le moment où le marché découvre que toutes ces entreprises, tous ces investissements, tous ces emplois, ne reposaient sur rien. Le rôle d’un krach et d’une récession qui suit, c’est précisément cela : redécouvrir les vrais prix, le vrai coût du capital, les vraies valorisations des actifs risqués.
La théorie autrichienne des cycles
Pour les économistes autrichiens, tout cycle économique suit la même logique. Le prix du capital dans le temps, le taux d’intérêt, doit être laissé à la libre appréciation du marché. C’est le prix le plus important du marché, car il donne une image instantanée et réelle de l’état du marché (revenus consommés, épargne disponible), et renseigne donc parfaitement les entrepreneurs sur les possibilités d’investissement.
Ainsi, quand une banque centrale manipule ce prix à la baisse, elle ment au marché. Elle donne aux entrepreneurs l’illusion qu’il existe une épargne réelle disponible, alors qu’il n’y en a pas. Les entrepreneurs s’engagent alors dans des détours de production plus longs, plus capitalistiques, qui ne pourront jamais être achevés faute des ressources réelles, non reproductibles et non manipulables, correspondantes. Les investisseurs n’arrivent plus à discerner les investissements vraiment viables, les zombies se multiplient en même qu’une envolée du marché.
La récession révèle simplement au grand jour tous les mauvais investissements qui ont eu lieu pendant la période de boom économique. Boom qui représente d’ailleurs le vrai début de la crise pour les économistes autrichiens. Les keynésiens voient la récession comme le début de la crise et un phénomène destructeur à combattre par tous les moyens. Les autrichiens y voient au contraire la fin de la crise et le retour à la normale du marché.
Durant cette période, il est important de souligner que le capital n’est pas détruit. Il demeure intact et en attente d’être racheté ou repris par de nouveaux entrepreneurs qui sauront en faire un usage plus profitable que les anciens, trop souvent dépendants du crédit facile, qui ont été “nettoyés” justement lors de la récession.
2008, 2020-2021 : la même logique
C’est exactement la même histoire qui se rejoue en 2008. Quand on creuse un peu, on s’aperçoit qu’il y a un responsable dont on tait trop facilement le rôle dans ces crises, l’interventionnisme politique, et un autre qu’on accuse trop facilement, le marché.
Les années 2000 avaient été marquées par la politique de Greenspan, par des taux d’intérêt maintenus artificiellement bas pour neutraliser l’éclatement de la bulle internet. Plus le Community Reinvestment Act qui forçait les banques à prêter à des emprunteurs insolvables. Plus Fannie Mae et Freddie Mac qui rachetaient ces créances pour les sortir des bilans bancaires. Toute la chaîne du subprime n’a été rendue possible que par l’interventionnisme politique américain.
Quand la bulle a éclaté, les pouvoirs publics ont fait exactement ce qu’avait fait Roosevelt. Ils ont sauvé les banques, racheté les créances pourries, injecté des milliers de milliards. La Fed a émis des quantités massives de liquidités en 2008 afin de renflouer les banques et ainsi sauver la situation. Le coût final du bailout reste encore mal connu, entre 431 milliards et 16 800 milliards de dollars. La solution est temporaire, le problème de fond de l’élimination des acteurs économiques non rentables n’ayant pas eu lieu.
Conclusion logique de la présence d’un prêteur de dernier ressort : les mauvais acteurs demeurent et sont toujours incités à prendre des risques inconsidérés. La crise n’a pas été résorbée, elle a été reportée et amplifiée.
Et puis vient la pandémie de 2020. Sous prétexte sanitaire, les États ferment l’économie, et les banques centrales déversent des montagnes de liquidités. Les taux retombent à zéro, le bilan de la Fed double, celui de la BCE explose. Les entreprises zombies se multiplient, soutenues par des prêts garantis par l’État. La spéculation atteint des sommets : SPACs, NFTs, meme stocks, valorisations délirantes de start-ups sans modèle économique.
À titre de comparaison, entre 2008 et 2023, la masse monétaire M2 américaine a augmenté de +176,4%, soit près de trois fois l’expansion des années 1920. En seulement quatre ans (2020-2023), la M2 a bondi de +34%, soit un rythme annuel de 9%, du jamais-vu en temps de paix.
Toute cette mauvaise allocation du capital n’est pas un accident. C’est la conséquence mécanique de la manipulation simultanée du signal prix le plus fondamental de l’économie, le taux d’intérêt, et de la création monétaire massive qui a suivi. C’est l’effet Cantillon poussé à son paroxysme, où les premiers servis (États, banques, grandes entreprises systémiques) captent l’essentiel de la nouvelle monnaie créée pendant que les derniers servis subissent l’inflation qui en résulte.
L’éternelle leçon économique
Finalement, la leçon est toujours la même. En économie, la récession n’est pas le début de la crise, comme le pensent les keynésiens et les étatistes, mais sa fin. La crise advient avant, dans les excès du marché, dans les mauvaises allocations du capital, bien souvent provoquées par la puissance publique elle-même. La récession est le retour à la normalité et à la raison. C’est le retour aux vrais prix, au calcul économique sain, à la découverte des vrais coûts d’opportunité des facteurs rares de production.
Cette leçon économique est intemporelle. La même logique s’est appliquée à toutes les crises connues depuis 1929. L’enjeu pour comprendre n’est jamais de prédire le timing exact d’un effondrement, mais de comprendre la logique déductive du cycle. Lorsque Friedrich Hayek et Ludwig von Mises ont démontré l’impossibilité du calcul économique en régime socialiste, il a fallu attendre 70 ans pour que l’histoire leur donne raison. Un système peut durer anormalement longtemps avant de s’effondrer, car il trouvera toujours des subterfuges pour repousser l’issue inévitable.
Tous ces subterfuges, manipulation de la masse monétaire, contrôle des prix, plans de sauvetage, ont un rôle assez simple : maintenir en vie le plus longtemps possible ce système bâtard qu’on appelle le “capitalisme de connivence”, qui n’est en réalité qu’un étatisme de connivence.
Le réel aura toujours le dernier mot. La seule question est de savoir combien de temps et combien de capital on aura gaspillés à tenter de le repousser.




